Votre cheval fait des crottins mous ou souffre même de diarrhée ? Ces perturbations digestives très fréquentes chez le cheval ne sont pas à prendre à la légère. Mieux vaut ne pas attendre avant d’en parler avec votre vétérinaire traitant. Un cheval souffrant de diarrhées peut parfois se dégrader très rapidement. L’issue peut être dramatique.

Cet article présente les causes des diarrhées, les symptômes devant vous alerter ainsi qu’une liste de traitements non exhaustive qui peuvent être mis en place par votre vétérinaire traitant.

La diarrhée : quand l’intestin va mal

La diarrhée se définit par l’augmentation de la fréquence d’émission des selles et la modification de leur consistance (crottins mous voire liquides). Ses causes sont extrêmement variées comme nous le verrons plus bas. Elle est souvent le reflet, chez le cheval adulte, que quelque chose d’anormal se passe au niveau du côlon et du caecum (gros intestin).

On peut classer les diarrhées en 2 catégories :

  • Les diarrhées aigües d’apparition brutale
  • Les diarrhées chroniques qui durent déjà depuis plus de 7 jours

Avant toute chose, il est important de savoir que le côlon et le caecum (60% du volume total du tube digestif) jouent un rôle majeur dans la digestion chez le cheval puisque 50 à 70% de l’énergie est produite grâce à la digestion dans ces compartiments et ce, principalement grâces aux bactéries qui composent la flore intestinale.

Pour en savoir plus, consultez notre page sur la digestion et le microbiote.

Le gros intestin est également un lieu important de l’absorption de l’eau. Une malfonction de cette partie du tube digestif entraînera donc une déshydratation par défaut d’absorption de l’eau (qui sera éliminée directement) et une mauvaise absorption des nutriments et des protéines.

Quels sont les signes ?

Figure 1 – Image typique de crottins d’aspect modifié

En plus de l’émission de crottins mous à liquides, le cheval atteint de diarrhée peut être abattu, déshydraté (surtout dans les diarrhées aigües et profuses), avoir de la fièvre, manger moins voire refuser de s’alimenter et souffrir de douleurs abdominales. Dans le cas de diarrhées chroniques, un amaigrissement complète le tableau clinique ainsi que parfois la présence d’œdèmes en parties déclives (sous la tête, le ventre, au niveau du fourreau) causés par la fuite des protéines.

Les causes de diarrhées du cheval

Les causes de diarrhée sont très variées. Son origine peut être digestive mais également extra-digestive. Au quotidien, c’est souvent le gros intestin (caecum et côlon) qui est touché.

Figure 2 – Petits strongles (ou cyathostomes) dans des crottins
  • Origine alimentaire :   
    • Un changement alimentaire brutal peut entraîner des perturbations digestives, la flore intestinale n’ayant pas le temps de s’adapter. C’est notamment le cas lors d’un passage d’une alimentation principalement à base de foin à une alimentation à base de concentrés ou lors de la mise au pré (l’herbe étant particulièrement riche en eau et très appétente au printemps). 
    • Une surcharge en grains : Les grains comportent un fort taux d’amidon. Un apport massif de carbohydrates conduit à une acidification du pH intestinal, détruisant les bonnes bactéries de la flore et irritant la paroi intestinale, responsable de perturbations digestives (coliques, gaz, diarrhées) et même de fourbure.
  • Origine parasitaire. Ces diarrhées sont habituellement modérées et chroniques 
    • Strongyloses : A certaines étapes du cycle de vie du parasite, les larves de « grands strongles » (Strongylus. edentatus, S. vulgaris, S. equinus) perforent la paroi intestinale pour rejoindre la circulation sanguine provoquant une inflammation de la muqueuse. Il s’en suit, en réaction, une hypersécrétion des fluides dans la lumière intestinale et une diminution des capacités d’absorption. 
    • Cyathostomose : C’est la cause la plus fréquente de diarrhée chronique chez le cheval. Certaines larves de ce petit ver rouge (appelé « petit strongle ») sont enkystées dans la paroi intestinale. A la fin de l’hiver, ces larves émergent pour rejoindre la lumière intestinale provoquant des ulcérations et une forte inflammation locale entraînant de la diarrhée.
  • A cause d’un traitement médicamenteux
    • Certains antibiotiques, notamment ceux administrés par voie orale ou passant par le tube digestif (érythromycine, triméthoprime/sulfonamides, béta-lactamines) peuvent déséquilibrer la flore et induire des perturbations digestives.
    • L’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en cas de traitement prolongé ou à trop forte dose perturbe la régulation du pH intestinal et le renouvellement cellulaire. La diarrhée peut être un signe d’appel d’une toxicité aux AINS.
    • En cas de forte infestation parasitaire, le recours aux vermifuges (rapportés pour l’ivermectine et la moxidectine) peut entraîner des troubles digestifs.
  • Origine infectieuse. Souvent d’origine bactérienne, ces infections engendrent des diarrhées aigües souvent profuses accompagnées de fièvre.
  • La clostridiose et la salmonellose sont les deux infections bactériennes les plus fréquemment mises en cause. 
    • La clostridiose : Les bactéries du type Clostridium (C. perfringens, C.difficile) font naturellement partie de la flore intestinale du cheval, vivant à l’équilibre avec les « bonnes bactéries » du microbiote sans produire de toxines . La clostridiose survient quand il y a un déséquilibre de la flore conduisant à une hypersécrétion des fluides dans la lumière intestinale et à une multiplication anormale des clostridies qui se mettent alors à produire des toxines à l’origine d’entérocolite et d’une hypersécrétion des fluides dans la lumière intestinale. Cette pathologie peut se développer à cause de n’importe quel facteur susceptible de conduire à un dysmicrobisme (traitement antibiotique, jeûne, changement alimentaire brutal…). Les symptômes sont de la fièvre accompagnée de diarrhées intenses voir hémorragiques ou noires dans les cas les plus graves (nécrose intestinale) et peuvent parfois entraîner le décès du cheval. 
    • La salmonellose : Les salmonelles sont naturellement présentes chez certains chevaux qui en sont porteurs sains. Très contagieuses et parfois asymptomatiques, elles peuvent se manifester sous diverses formes : du simple abattement ou signes généraux frustes jusqu’à une inflammation très intense de l’intestin accompagnée de violentes diarrhées. Là aussi, les salmonelles produisent des toxines qui endommagent la paroi intestinale. Le passage de ces toxines dans le sang peut conduire à l’endotoxémie. Cette pathologie peut être gravissime et est particulièrement difficile à soigner. La diarrhée ne constitue pas un bon facteur pronostique. 
  • Causes toxiques : ingestion de glands, de fougère aigle… 
  • Autres causes de diarrhée aigües : diarrhées liées aux chaleurs de lait chez le poulain, stress lié au transport, au changement d’environnement etc… 
  • Autres causes de diarrhées chroniques : une origine tumorale, l’ingestion de sable, un  syndrome inflammatoire, un déséquilibre chronique de la flore, des causes extra-digestives  touchant le foie ou les reins. Le diagnostic étiologique des diarrhées chroniques est souvent un véritable challenge pour le vétérinaire. 

Qui est touché ? 

Les chevaux peuvent souffrir de diarrhées à tout âge. Le cheval âgé, du fait d’un système immunitaire moins efficace et du vieillissement de ses organes est davantage prédisposé à ces troubles digestifs.

Les traitements de la diarrhée

La première chose à mettre en œuvre est de soulager le cheval et de corriger les symptômes, votre vétérinaire peut prescrire un traitement symptomatique. Il peut consister en :  

  • La réhydratation et la correction des troubles électrolytiques occasionnés grâce à des perfusions (les besoins en eau sont tels qu’une réhydratation orale est parfois insuffisante). 
  • Le recours à des protecteurs intestinaux afin de protéger la muqueuse intestinale et limiter les pertes en eau. Plusieurs spécialités sont disponibles. Elles sont souvent d’origine naturelle à base de charbon, d’argile (smectite) ou de kaolin et permettent d’absorber également les gaz et les toxines.  
  • L’utilisation d’antipyrétiques en cas de fièvre  
  • L’utilisation d’antalgiques tels que la dypirone particulièrement efficaces sur les douleurs abdominales. 

Le traitement est ensuite causatif c’est-à-dire que l’on va traiter la cause responsable des diarrhées. Cela peut passer par :  

  • La lutte contre l’infection par l’administration d’antibiotiques (seulement en cas d’infection bactérienne) notamment en cas d’infection à Clostridium. Leur utilisation en cas d’infection par les Salmonelles est davantage controversée. On utilise souvent en parallèle des anti-inflammatoires comme la flunixine afin de diminuer l’inflammation et de prévenir le passage de toxines bactériennes dans le sang, ce qui pourrait être dramatique pour le cheval. 
  • La lutte contre le parasitisme en administrant un antihelminthique. Il est cependant fortement conseillé de ne pas attendre l’apparition des diarrhées pour traiter mais de faire un traitement préventif régulièrement. L’idéal est de réaliser une coproscopie qui va vous permettre d’évaluer la nécessité de vermifuger ou non et avec quelle molécule. 
  • La correction du déséquilibre de la flore intestinale en soutenant la flore intestinale au moyen de prébiotiques ou probiotiques. Certains compléments alimentaires proposent également de les combiner avec un pansement intestinal pour une double action
  • L’évacuation du sable contenu au fond des intestins en donnant du psyllium
Figure 3 – Privilégier les fibres

Enfin, en cas de diarrhée chronique, il faut également s’astreindre à une certaine gestion alimentaire. En cas de changement d’alimentation ou de passage au pré, la transition doit toujours se faire de manière très progressive. Il vaut mieux privilégier les fibres (foins à volonté) et limiter l’excès de carbohydrates dans la ration, souvent présents en grande quantité dans les concentrés.  

Enfin, il faut veiller à réduire les situations stressantes pour l’animal. Le stress est un facteur reconnu de déséquilibre de la flore intestinale et peut aggraver une diarrhée déjà présente. Il faut donc veiller à enrichir l’environnement de votre cheval (jeux, foin à volonté, congénères…) et si possible le mettre au paddock ou au pré

En conclusion, la diarrhée bien que fréquente chez le cheval n’est jamais à prendre à la légère et doit conduire à une consultation rapide de votre vétérinaire traitant. Si déterminer l’origine des diarrhées aigües est relativement aisé, trouver l’origine des diarrhées chroniques (hors parasitisme) est un véritable challenge pour le vétérinaire. Il est important de retenir que la flore intestinale joue un rôle majeur dans la santé digestive et que c’est souvent son déséquilibre qui est impliqué dans la survenue des troubles digestifs. Il est donc important d’en prendre soin.

Sources

Dr Gwenhaël Collin, Les diarrhées aiguës du cheval adulte,Référence Equine, Edition 2012, 13-17 : http://www.clinique-equine-madelaine.com/userfiles/2644/File/ALC%2041739-K%20Diarrhees%20aigues%202012.pdf

GP-R-FR-NON-200900009

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